Éveiller les consciences à travers l’art

Ce mercredi 8 octobre, les leaders de l’Observatoire ont eu la chance de rencontrer Mme Aurélia Bizouard, une artiste française et canadienne dont la pratique repose sur un principe fascinant : créer de l’art avec l’invisible. Son travail utilise des médiums transparents; fenêtres, pellicules plastiques, verre, etc. pour peindre la lumière, construire des formes tridimensionnelles et donner vie à une dimension artistique qui dépasse le cadre traditionnel de la toile1.
L’art et le droit, plus similaire qu’on ne le croit
En tant que leader présente à la séance, j’étais d’abord sceptique. Je suis plutôt de nature pragmatique, et le droit nous entraîne souvent dans une logique très structurée ; identifier la cause du litige, déterminer ce qu’on souhaite prouver, suivre les étapes méthodiques pour y parvenir. C’est concret, rationnel, théorique. L’art, au contraire, m’a toujours semblé plus abstrait, parfois même inaccessible.
Une de mes collègues, Eva‑Marie Louis, a d’ailleurs fait un parallèle en début de rencontre qui m’a fait réfléchir : l’inaccessibilité de l’art rejoint celle du système de justice.
Les œuvres sont là, devant nous, mais sans guide pour nous aider à comprendre, ressentir ou cheminer, elles demeurent lointaines. De la même manière, les tribunaux existent, les avocats existent, mais sans les outils, le temps ou les moyens financiers, l’accès à la justice reste une idée théorique pour beaucoup.
C’est aussi à ce moment que j’ai compris pourquoi Mme Bizouard était venue nous rencontrer : son univers touche le nôtre, et rejoint directement mes préoccupations comme future juriste : Comment rendre mon art, ma profession, accessible?
Comment éveiller les consciences?
La manière dont Mme Bizouard conçoit l’art m’a beaucoup touchée. Pour elle, l’art doit être une expérience. Vivre physiquement un moment; sentir, toucher, entendre, regarder, c’est ainsi qu’elle parvient à émouvoir profondément les personnes qui participent à ses œuvres. Sa vision de l’art est beaucoup plus concrète et accessible qu’un texte ou qu’un coup de pinceau, aussi bien exécuté soit-il.
Elle nous a présenté plusieurs de ses œuvres, dont Des vies sous plastique; une installation où les participants sont invités à passer sous une bâche de plastique, pour s’immerger, à petite échelle, dans la réalité des travailleurs immigrants qui œuvrent dans des serres à plus de 50 °C, ou encore Where Is Home : une maison de verre traversée par une projection lumineuse. Chaque passant peut écrire ce que représente pour lui la notion de « maison ». En entrant dans la structure, on voit les réponses des autres s’illuminer sur les murs2
Ce sont des œuvres artistiques, oui, mais aussi profondément activistes. Elles m’ont fait réaliser à quel point l’art peut éveiller la conscience collective : se mettre à la place de quelqu’un d’autre, ressentir une parcelle de sa réalité ou de son injustice, est très touchant, plus que le peinent parfois à être les mots ou les images.
En tant que futurs juristes, nous, les leaders de l’Observatoire, avons une responsabilité qui dépasse le système de justice. Nous avons un devoir envers la société entière : faire avancer le droit, élargir les perspectives, défendre ceux qui n’ont pas les moyens de se défendre eux-mêmes. Être audacieux non pas pour soi, mais pour le bien collectif.
L’art de Mme Bizouard m’a rappelé que la justice, comme l’art, doit être vécue, ressentie, accessible. Elle doit toucher les gens, pas seulement exister dans nos livres de droit.
Créer de l’art avec son corps : une brillante expérience
La séance s’est terminée par une activité surprenante : créer de l’art avec notre propre corps. Nous nous sommes alignés, collés les uns aux autres, tandis qu’une lumière colorée était projetée sur le mur. Nos ombres se superposaient, se déformaient, se transformaient. Rapidement, des formes sont apparues : des oiseaux, des mains entrelacés, des rires. Vingt jeunes ont peint un paysage entier uniquement avec leurs corps, de la lumière et un peu d’imagination.
Nous sommes tous créatifs à notre manière, et grâce à la conférence de Mme Bizouard, je suis pleinement consciente de la mienne au quotidien. Penser, choisir, agir sont des actions créatives, et je tâcherai de nourrir cette créativité tout au long de mon parcours à l’Observatoire, ainsi qu’à travers mon parcours de vie.




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